Résumé Podcast Le corps au service du cerveau
Votre enfant travaille tous les soirs, refait ses exercices, révise sérieusement… mais les résultats ne suivent pas ? Avant de chercher une nouvelle méthode de travail, il y a peut-être une question beaucoup plus simple à se poser. Est-ce qu’il dort assez ? Est-ce qu’il mange correctement ? Est-ce qu’il bouge ? Est-ce qu’il a encore du temps pour souffler ?
« Monsieur, on travaille tous les soirs, je m’investis vraiment et ça ne décolle pas. Je ne comprends pas. » Quand un parent me dit ça, je pose souvent une question qui surprend. « Et il dort bien, votre enfant ? » Parce qu’avant d’être un élève, votre enfant est un corps. Un corps qui a besoin de sommeil, d’énergie, de mouvement, de pauses et même de moments où il ne se passe rien.
Dans cet épisode de « À la maison », on laisse donc un instant les cahiers et les méthodes de travail de côté pour regarder tout ce qui se passe autour. Car parfois, améliorer les conditions dans lesquelles un enfant apprend peut être plus utile que d’ajouter encore du travail.
Au programme :
- Pourquoi le sommeil est l’un des leviers les plus importants pour apprendre
- Ce que fait réellement le cerveau de votre enfant pendant la nuit
- La consolidation de la mémoire et le rôle du sommeil profond
- Combien d’heures un enfant du primaire a réellement besoin de dormir
- Pourquoi réviser plus tard le soir peut parfois être contre-productif
- L’impact des écrans avant le coucher sur l’endormissement
- Pourquoi manger et boire suffisamment influencent aussi la concentration
- Pourquoi bouger avant les devoirs peut aider un enfant à être plus disponible
- Ce que la recherche dit réellement sur activité physique et apprentissages
- Pourquoi les pauses ne sont pas une récompense mais une nécessité
- Ce que l’ennui peut apporter à l’imagination et à l’autonomie
- Pourquoi un emploi du temps trop rempli peut finir par nuire aux apprentissages
- Les questions à se poser avant de chercher une nouvelle méthode de travail
Table des matières
Le corps au service du cerveau : comment aider son enfant à mieux apprendre ?
Votre enfant travaille régulièrement, révise ses leçons et refait ses exercices, mais les résultats ne suivent pas ? Et si la difficulté ne venait pas uniquement de sa méthode de travail ?
Le sommeil, l’alimentation, l’activité physique et même les moments d’ennui jouent un rôle important dans les conditions d’apprentissage. Avant de chercher à multiplier les exercices ou à prolonger les devoirs, il peut être utile de s’intéresser au quotidien de votre enfant.
Dans cet épisode du podcast À la maison, je vous explique comment prendre soin du corps de votre enfant peut aussi l’aider à être plus disponible pour apprendre.
Pourquoi votre enfant a-t-il du mal à apprendre malgré ses efforts ?
Je vais commencer par vous raconter une petite scène que j’ai vue des dizaines de fois et que vous avez peut-être vécue.
Un parent vient me voir, inquiet, et me dit :
« Monsieur, on travaille tous les soirs, on révise, on refait les exercices, je m’investis vraiment et ça ne décolle pas. Je ne comprends pas. »
Alors, je lui pose une question :
« Et il dort bien, votre enfant ? »
Un silence.
« Euh, ça dépend des soirs. Il se couche vers 22 heures, parfois plus tard. Il a du mal à s’endormir. Il traîne un peu sur la tablette. »
À ce moment-là, je ne dis pas que nous venons forcément de trouver l’explication. Mais nous venons de regarder un aspect que l’on oublie beaucoup trop souvent : le sommeil.
Parce qu’avant d’être un élève, avant d’être un cerveau qui apprend, votre enfant est aussi un corps.
Un corps qui a besoin de dormir, de manger suffisamment, de bouger et d’avoir des moments où on ne lui demande rien.
Et quand ces bases sont fragiles, apprendre devient souvent beaucoup plus difficile.
C’est justement ce que nous allons explorer ensemble : comment créer, à la maison, de meilleures conditions pour apprendre, sans nécessairement demander davantage de travail à votre enfant.
Le sommeil : essentiel pour apprendre et mémoriser
Commençons par l’un des leviers les plus importants, et peut-être l’un de ceux que l’on oublie le plus facilement quand ça coince à l’école : le sommeil.
On se représente souvent le sommeil comme une pause. Le cerveau s’éteint, il se repose et, le lendemain, il repart.
Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe.
Pendant que votre enfant dort, son cerveau ne se met pas simplement sur pause. Le sommeil participe à ce que l’on appelle la consolidation de la mémoire.
En d’autres termes, certains apprentissages de la journée sont réactivés et progressivement stabilisés. Plusieurs phases du sommeil participent à ce travail, selon ce que l’on a appris.
Le sommeil profond joue notamment un rôle important dans certaines formes de mémoire.
Dormir n’est donc pas du temps perdu sur les apprentissages. Une partie du travail continue justement quand le cahier est fermé.
Combien de temps un enfant doit-il dormir ?
Pour les enfants de 6 à 12 ans, les recommandations se situent entre 9 et 12 heures de sommeil par 24 heures.
Cela ne signifie pas que tous les enfants doivent dormir exactement 9 heures ou exactement 12 heures. C’est une fourchette qui rappelle à quel point le besoin de sommeil reste important à l’école primaire.
Si, pour gagner 30 minutes de révision, on enlève régulièrement une heure de sommeil, le calcul devient vite discutable.
On demande à l’enfant de travailler alors qu’il est déjà fatigué, tout en raccourcissant une nuit dont il a besoin.
À un moment, plus de devoirs ne veut pas forcément dire plus d’apprentissages.
Comment améliorer le sommeil de son enfant ?
Mon conseil, et c’est peut-être le plus important de cet épisode, est simple : avant de vous demander comment votre enfant travaille, demandez-vous comment il dort.
Quelques habitudes peuvent aider :
- Privilégier une heure de coucher régulière, y compris le week-end autant que possible.
- Essayer de laisser les écrans de côté pendant la dernière heure avant le coucher.
- Observer comment votre enfant se réveille et comment il se sent pendant la journée.
Les écrans peuvent notamment repousser l’heure du coucher et rendre la transition vers le sommeil plus difficile.
Posez-vous aussi quelques questions : votre enfant se réveille-t-il en forme ? Arrive-t-il à tenir sa journée sans être constamment fatigué ?
S’il est très difficile à réveiller, reste fatigué pendant la journée ou semble somnolent malgré un temps de sommeil suffisant, son sommeil mérite qu’on s’y intéresse.
Alimentation et hydratation : aider son enfant à se concentrer
La deuxième chose importante, c’est de manger et de boire suffisamment.
Et là encore, inutile d’inventer un petit-déjeuner spécial cerveau !
Ce que l’on sait, c’est qu’en moyenne, manger le matin plutôt que rester à jeun peut aider certaines fonctions comme l’attention ou la mémoire pendant la matinée, surtout chez les enfants dont les apports alimentaires sont insuffisants.
Mais attention : il n’existe pas de menu magique qui transformerait les performances scolaires.
Pas besoin de compléments miracles ou de céréales soi-disant intelligentes.
L’idée est beaucoup plus simple : un enfant ne devrait pas avoir régulièrement à apprendre en ayant faim ou soif.
Cela signifie notamment veiller à ce qu’il ait suffisamment mangé et qu’il puisse boire régulièrement au cours de la journée.
Avant de chercher une nouvelle méthode pour améliorer sa concentration, il est donc parfois utile de vérifier quelque chose de très concret : votre enfant a-t-il faim ? A-t-il soif ?
Ces besoins élémentaires font partie des conditions qui lui permettent d’être disponible pour apprendre.
Activité physique : pourquoi bouger aide à apprendre
Troisième élément, et là, nous avons souvent une idée reçue à l’envers : le mouvement.
Combien de fois dit-on à un enfant :
« Allez, arrête de gigoter, arrête de courir partout, assieds-toi et travaille ! »
Comme si bouger était l’ennemi du travail. Comme si l’énergie dépensée à courir était de l’énergie volée aux devoirs.
En réalité, bouger n’est pas l’ennemi du travail.
L’activité physique agit sur de nombreux aspects importants : le corps, évidemment, mais aussi l’humeur, l’éveil et, dans certaines situations, l’attention.
Après six heures passées entre une chaise et une table, laisser un enfant courir, marcher, pédaler ou jouer avant de lui demander de se rasseoir peut être une très bonne idée.
Que dit la recherche sur l’activité physique et les apprentissages ?
Les résultats sont plutôt encourageants, mais il faut rester nuancé.
Plusieurs études montrent qu’après avoir bougé, les enfants peuvent être un peu plus disponibles pour certaines tâches d’attention ou de contrôle de soi.
D’autres études trouvent des effets plus petits, voire aucun effet.
Tout dépend de l’activité pratiquée, de sa durée et de ce que l’on mesure. Concernant les notes scolaires, les résultats sont encore plus variables.
Je ne vais donc pas vous promettre que quinze minutes de ballon apporteront deux points de moyenne supplémentaires.
Mais une chose est claire : faire bouger un enfant n’est pas du temps volé à son cerveau.
Et je le constate régulièrement en classe.
Après une récréation où ils se sont vraiment défoulés, mes élèves sont souvent plus posés et plus disponibles. À l’inverse, après une longue matinée passés assis sans bouger, leur attention peut s’effriter.
Le corps et la tête ne sont pas des adversaires. Ils avancent ensemble.
Faut-il laisser son enfant jouer avant les devoirs ?
Plutôt que de lui demander de s’installer directement à son bureau après une longue journée d’école, laissez-le se défouler un peu.
Courir dans un parc, jouer dehors, faire du vélo ou simplement marcher peut être une bonne manière de faire la transition entre l’école et les devoirs.
Ce n’est pas forcément du temps perdu. Pour certains enfants, ce moment de mouvement peut justement les aider à revenir plus disponibles pour travailler.
Les pauses pendant les devoirs : quand et comment les faire ?
Parlons maintenant des pauses, car elles sont directement liées à la concentration.
On imagine parfois que la pause est une récompense que l’enfant peut obtenir une fois son travail terminé.
Mais ce n’est pas forcément la bonne manière de voir les choses.
Imaginez votre enfant devant son cahier. Il lit la même ligne trois fois, regarde les mouches et semble ne plus être vraiment avec vous.
Dans cette situation, continuer vingt minutes simplement pour pouvoir dire qu’il a travaillé vingt minutes de plus n’a pas beaucoup d’intérêt.
Quelques minutes pour se lever, bouger, boire ou regarder ailleurs peuvent être plus utiles.
Comment savoir quand faire une pause ?
Il n’est pas nécessaire de mettre un chronomètre toutes les dix minutes.
Le bon moment dépend de l’enfant, de son état de fatigue et de la tâche qu’il réalise.
L’objectif n’est pas d’appliquer une nouvelle règle rigide, mais de faire une pause quand elle devient utile.
Pendant cette pause, l’idéal est de permettre à votre enfant de déconnecter vraiment quelques minutes.
Il peut se lever, marcher, boire un verre d’eau, regarder par la fenêtre ou simplement changer d’activité.
Après ce moment, il pourra parfois reprendre son travail avec davantage de disponibilité.
Une pause n’est donc pas nécessairement une interruption inutile. Elle peut faire partie d’une manière plus adaptée de travailler.
L’ennui est-il bénéfique pour les enfants ?
Nous arrivons à l’un de mes sujets préférés, et je sais qu’il risque d’en surprendre certains.
Je voudrais faire l’éloge de l’ennui.
Vous connaissez certainement cette phrase :
« Papa, maman, je m’ennuie ! »
Et avec elle, notre petit réflexe d’adulte :
« Vite, trouvons-lui quelque chose ! »
Un jeu, une activité, un dessin animé… Comme si quelques minutes sans occupation étaient un problème à résoudre immédiatement.
Alors, soyons honnêtes : la science ne dit pas que s’ennuyer rend automatiquement créatif.
Parfois, l’ennui pousse à chercher, inventer ou explorer. Et parfois, on s’ennuie simplement. Ce n’est pas très agréable, et c’est tout.
Mais ce qui me paraît important, c’est autre chose.
Votre enfant n’a pas besoin que chaque minute de sa journée soit remplie à sa place.
Parce que si personne ne lui propose la prochaine activité, il doit à un moment se demander :
« Bon, qu’est-ce que je fais maintenant ? »
Peut-être qu’il va dessiner. Peut-être qu’il va construire quelque chose, sortir jouer ou simplement rêvasser dix minutes avant de trouver une idée.
Et cette part-là est précieuse.
Non pas parce que l’ennui serait une vitamine pour le cerveau, mais parce qu’on laisse à l’enfant un espace dans lequel c’est lui qui décide quoi faire.
Alors, la prochaine fois que votre enfant vous dira « Je m’ennuie », vous avez tout à fait le droit de répondre :
« Oui, ça arrive. Je suis sûr que tu vas trouver. »
Le cadeau, ce n’est pas l’ennui lui-même.
C’est de ne pas remplir immédiatement le vide à sa place.
Activités extrascolaires : comment éviter un agenda surchargé ?
Cette question de l’ennui nous amène naturellement à celle de l’emploi du temps des enfants.
Et là encore, il faut nuancer une idée que l’on entend souvent.
Non, il n’existe pas un nombre magique d’activités extrascolaires au-delà duquel on abîmerait son enfant.
Le sport, la musique, le théâtre, les scouts… Toutes ces activités peuvent, au contraire, lui apporter énormément.
La bonne question n’est donc pas forcément :
« Combien d’activités mon enfant pratique-t-il ? »
Mais plutôt :
« Comment vit-il ses activités ? »
Pour le savoir, posez-vous quelques questions :
- Dort-il suffisamment ?
- Lui reste-t-il du temps où rien n’est prévu ?
- Participe-t-il encore à ses activités avec plaisir ?
- Ou chaque semaine est-elle devenue une course où tout le monde termine épuisé ?
Un même emploi du temps peut convenir parfaitement à un enfant et en épuiser un autre.
Il ne s’agit donc pas de supprimer automatiquement des activités, ni d’imposer un nombre maximum de loisirs.
L’essentiel est de regarder comment votre enfant vit son quotidien.
Plutôt que de compter les cases de son agenda, regardez l’enfant qui vit à l’intérieur.
Sommeil, écrans, devoirs : des changements qui font la différence
Revenons maintenant au parent dont je vous parlais au début.
Ce parent qui travaillait tous les soirs avec son enfant, mais qui ne comprenait pas pourquoi les résultats ne progressaient pas.
En discutant ensemble, nous avons regardé non pas la méthode de travail, mais tout ce qui se passait autour.
Le coucher trop tardif, la tablette avant de dormir, le petit-déjeuner avalé en vitesse et un agenda un peu trop rempli.
Nous avons changé deux ou trois choses :
- Un coucher plus tôt et plus régulier.
- Les écrans coupés avant d’aller au lit.
- Un vrai petit-déjeuner le matin.
Quelques semaines plus tard, sans avoir changé quoi que ce soit à la manière de faire les devoirs, les choses allaient déjà mieux.
L’enfant était plus disponible, plus concentré et de meilleure humeur.
Est-ce que toutes ces améliorations venaient uniquement de ces changements ?
Impossible de l’affirmer.
Mais ils avaient au moins permis de remettre en place des conditions dont son corps avait besoin pour être plus disponible.
Et parfois, avant de chercher une nouvelle méthode pour les devoirs, c’est par là que cela vaut la peine de commencer.
Ce qu’il faut retenir pour aider son enfant à apprendre
Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose de cet article, ce serait celle-ci :
Avant de vous demander uniquement comment votre enfant travaille, regardez aussi comment il vit.
Est-ce qu’il dort suffisamment ?
Est-ce qu’il a de quoi manger et boire ?
Est-ce qu’il bouge assez ?
Est-ce qu’il lui reste du temps où personne n’attend rien de lui ?
Ces éléments ne garantissent aucune bonne note. Ils ne remplacent pas les apprentissages, les efforts ou l’accompagnement scolaire.
Mais ils peuvent contribuer à créer de meilleures conditions pour être disponible, se concentrer et apprendre.
Et surtout, ils nous rappellent une chose essentielle : un enfant n’est pas seulement un élève qui doit réussir ses exercices.
C’est aussi un corps qui grandit, qui a besoin de sommeil, de mouvement, d’énergie et de temps libre.
Alors, avant de multiplier les exercices ou de prolonger les devoirs, commencez peut-être par regarder ces quelques habitudes du quotidien.
Le corps d’abord, le cahier ensuite.
Prenez soin de vous, de vos enfants et de leur sommeil aussi.
À très bientôt,